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Avis d'experts

L’Afrique a besoin de services financiers « digital native »

14 01 2019

Comment les banques peuvent-elles contribuer au développement économique et social de l’Afrique ? Atteindre cet objectif implique de développer la bancarisation et l’accès aux services financiers de manière adaptée à un continent où les deux tiers de la population vivent en zone rurale, sans accès direct à une agence bancaire. Elles passent par la création d’une nouvelle typologie de réseau de distribution basé à la fois sur des intermédiaires (partenaires des établissements financiers) et sur des solutions technologiques visant à créer l’indispensable confiance pour des non-bancarisés. Explications.

Awa vend des vêtements à Massala, une petite ville située à 40 Km d’Abidjan. Elle connaît parfaitement les goûts de ses clients en matière d’habillement et ne conserve jamais longtemps une pièce en stock. En revanche, elle a beaucoup de mal à gérer les avances de fonds que lui réclament ses fournisseurs et ne sait pas comment sécuriser ses recettes perçues en liquide. Faute d’agence bancaire à proximité, elle transporte son argent à la capitale une fois par mois et recourt à la tontine quand elle a besoin d’un crédit. La débrouille fonctionne et lui permet de vivre de son activité, mais Awa préfèrerait consacrer plus de temps au choix des pièces qu’elle va vendre ! Pour ça, elle aurait besoin d’un service de proximité capable d’assurer des paiements (dépôts/retraits de fonds, virements, transferts d’argent) mais également du financement.

Bien que les besoins de la population soient réels, le taux de bancarisation est toujours très faible dans une bonne partie de l’Afrique subsaharienne. En Côte d’Ivoire, il est par exemple passé de 7,1 % en 2007 à 19,7 % en 2016, d’après le Trésor Public local. Bien qu’elle soit significative, cette progression est difficile à mettre en lien avec le développement du tissu bancaire physique dans le pays. Toujours en 2016, on recensait par exemple 665 guichets de banque et 934 distributeurs automatiques de billets : pas de quoi toucher une population de plus de 23 millions d’habitants !

Il existe pourtant bien une activité financière, mais elle se fait sans la banque, incompatible avec les habitudes de vie et les équipements d’une population rurale ou peu encline à se déplacer en agence physique. Dans ce contexte, comment soutenir le développement économique sans services financiers sécurisés, ni accès au financement, pour les populations (nombreuses) les plus reculées ?

Les banques centrales et ministères des finances des pays émergents africains appellent de leurs vœux le renforcement de l’inclusion financière. Pour en devenir acteur, les banques doivent transformer leur modèle de distribution, basé principalement sur un réseau d’agence physique, et développer des offres cohérentes avec les spécificités du continent africain, telles que l’important taux de pénétration du mobile.
 

DÉVELOPPER DES SERVICES ADAPTÉS ET ACCESSIBLES

En pratique ? L’exercice suppose de créer des services financiers à la fois accessibles et des modes de distribution adaptés à la clientèle visée, ce qui signifie qu’il faut à la fois repenser les parcours client et les offres produit.

Premier sujet, l’accessibilité : il faut que les services puissent être proposés en proximité, avec l’équipement dont disposent les personnes exclues du système bancaire. Le concept d’agency banking (recrutement d’intermédiaires partenaires qui font office d’agents locaux pour la banque) constitue l’une des approches possibles, mais elle ne saurait répondre à tous les usages.
Dans ses prédictions dédiées au continent africain, Deloitte estime que 660 millions d’Africains seront abonnés à Internet par l’intermédiaire de leur smartphone en 2020, contre 336 millions en 2016, soit un taux de pénétration doublé en seulement quatre ans. Le mobile s’impose donc comme la porte d’entrée incontournable vers l’univers de la banque.

Les opérateurs mobiles ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : la plupart des acteurs présents sur le continent africain proposent aujourd’hui leurs propres solutions de mobile money. Contrairement à la majorité des institutions financières dont le catalogue de produits financiers est basé sur des pratiques bancaires traditionnelles, les opérateurs ont, eux, élaboré des services qui ne remplacent pas un véritable compte bancaire, mais qui répondent aux problématiques de la clientèle visée. Celle-ci ne cherche pas des produits financiers complexes, mais des solutions simples et pratiques, telles que le paiement sur mobile, le transfert d’argent entre proches ou de client à fournisseur, le micro financement ou le paiement de factures.


CRÉER LA CONFIANCE NUMÉRIQUE

La notion de confiance est un pré-requis pour le développement de l’accès aux services financiers. Comment faire venir à soi des clients qui n’en voient pas forcément l’intérêt quand on est une banque installée à des milliers de kilomètres, a priori bien loin des problématiques du quotidien ? Les acteurs concernés sont confrontés à un double défi d’attractivité et de confiance : expliquer en quoi la bancarisation est bénéfique et prévenir toutes les craintes qu’elle peut susciter.

Les outils digitaux se révèlent là encore un atout incontournable puisqu’ils permettent de placer les services financiers au cœur d’un environnement déjà largement maîtrisé. Dans son étude dédiée à l’Afrique, Deloitte souligne que 80 % des utilisateurs de smartphone du continent passent plus d’une heure par jour sur leur mobile. Les usages se font de plus en plus intensifs, avec une ouverture progressive vers la souscription d’abonnements ou à la consommation de contenus payants.

Cette forte adoption est un atout, aussi bien pour l’attractivité que pour la confiance : elle amène les banques à envisager des parcours clients nativement mobiles et sécurisés grâce aux technologies associées. Présent sur une majorité de devices (smartphone, tablette, PC, ...), la biométrie comme verrou pour sécuriser les transactions ou pour enrôler un client, constitue par exemple un argument qui parle à tous les utilisateurs potentiels. De la même façon, le suivi en temps réel du bon déroulement d’une transaction est de nature à rassurer des usagers qui parfois n’imaginent même pas pouvoir accéder à ce genre de services. Les innovations d’usage peuvent devenir un véritable facteur de différenciation ou de réassurance dans les pays émergents.

Cette nécessité de repenser l’offre pour l’adapter à des besoins différents ne se limite d’ailleurs pas aux interfaces ou aux parcours clients : elle concerne également les outils qui sous-tendent le fonctionnement des services financiers. Les mécaniques de calcul du risque dans l’octroi de crédit en sont un bon exemple. La banque traditionnelle aura tendance à s’appuyer sur l’historique dont elle dispose ainsi que sur les fichiers centraux pour évaluer son client, mais cette logique n’est pas reproductible sur des marchés de conquête de nouveaux clients sans aucun passé issu des systèmes financiers en place. Il faut s’adapter aux populations ciblées et établir d’autres techniques d’évaluation basées sur des indicateurs ajustés (via l’évaluation de la connaissance des futurs clients issus des réseaux sociaux par exemple), comme le font déjà les spécialistes africains et FinTechs du secteur.
 
Voilà donc le défi auquel sont confrontées les banques : apprendre à concevoir des services financiers nativement digitaux. Pour ce faire, elles doivent réussir à composer avec leur existant, mais elles ont aussi à leur disposition un catalogue de technologies et d’innovations : dématérialisation de documents (pour le KYC), biométrie, blockchain, big data, décisionnel, intelligence artificielle. Il leur incombe maintenant de trouver des façons différentes de les exploiter pour s’adapter aux spécificités des pays considérés, en s’appuyant sur la réalité des usages et des besoins associés.


David Lejolivet - Product Strategy Director at Sopra Banking Software

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