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Afrique : l’indispensable essor de l’open banking

13 02 2019

L’Afrique est à un tournant de son développement : d’un côté, la démocratisation de l’accès à Internet via le téléphone mobile ouvre un nouveau monde d’opportunités en termes de services et d’outils susceptibles de soutenir les progrès économiques et sociaux. De l’autre, l’exclusion bancaire frappe encore la plus grande part des populations des pays émergents. Les banques font donc face à un défi de taille : développer leur accessibilité et concevoir des offres adaptées aux populations rurales qui composent les deux tiers du continent. Pour le remporter, elles doivent apprendre à s’intégrer dans un écosystème en constante évolution.

LE POIDS DU MOBILE

En Afrique de l’Ouest, le taux d’adultes bancarisés varie entre 5 % et 20 % selon les pays, indique le Service Économique Régional d’Abidjan dans un rapport dédié au secteur bancaire de la zone UEMOA en 2017. Cette accélération souligne le développement économique du continent et l’enjeu stratégique que représente la bancarisation de ses habitants. 

« La finance numérique recèle encore un potentiel inexploité en Afrique subsaharienne, pour autant que les services financiers soient adaptés au contexte local et aux caractéristiques des utilisateurs finals », analyse l’étude de la BEI dans son rapport dédié à l’inclusion financière en Afrique. Autrement dit, pour profiter du potentiel de l’inclusion financière, il faut se mettre au diapason des usages et ne pas se contenter de répliquer les stratégies mises en œuvre avec succès sur les marchés européens ou occidentaux.

Si le mobile fait partie des principaux catalyseurs identifiés, il n’est pas le seul vecteur de développement. Les chiffres compilés par la BEI montrent qu’il n’y pas nécessairement de corrélation entre le taux de pénétration du téléphone mobile et le volume d’opérations bancaires. D’un pays à l’autre, la situation change : le paiement mobile a explosé au Kenya, mais il est quasiment inexistant au Botswana où il y a pourtant plus d’abonnements mobiles que d’habitants. S’il existe un goulot d’étranglement dans l’inclusion bancaire, il n’est pas uniquement lié à des problématiques d’accès à Internet.

DÉVELOPPER SON RÉSEAU

Dans ce contexte, comment fédérer efficacement la population non bancarisée ? Pour y parvenir, les banques ont tout intérêt à ne pas faire cavalier seul, de nombreuses solutions existent. Elles peuvent notamment s’adosser à des acteurs locaux, dont les services ont déjà été adoptés et qui feront office d’intermédiaires entre l’établissement financier et ses clients, actuels ou en devenir. L’écosystème financier, d’ailleurs très actif sur le continent, est un catalyseur essentiel pour faire émerger des solutions qui répondent aux besoins spécifiques de l’Afrique.

Ces associations peuvent se faire à différents niveaux. Sur le terrain, elles donnent lieu à un modèle de fonctionnement déjà implanté en Europe comme en Afrique : c’est l’agent banking, qui consiste à déléguer à un partenaire la gestion d’un certain nombre d’opérations sur le terrain. Un commerçant local va par exemple proposer des services financiers de type transfert d’argent, dépôt de liquidités ou retrait de cash pour le compte d’une banque. L’agent banking s’impose presque comme une évidence sur un continent où les deux tiers de la population vivent à l’écart des grandes villes : il est le seul moyen viable économiquement d’obtenir un maillage dense du territoire. Sa mise en place suppose de s’être doté de toute l’infrastructure dédiée à la gestion de cette délégation, en apportant à la fois une offre attractive pour le client et les garanties nécessaires en termes de sécurité, notamment grâce à des technologies innovantes comme la biométrie.

Le potentiel de l’inclusion financière ne se limite toutefois pas à une présence sur le terrain, ou à la fourniture d’opérations quotidiennes comme le permet l’agent banking.


CRÉER UN ÉCOSYSTÈME DE SERVICES

Pour générer de la valeur, il faut raisonner à large échelle : la banque a tout intérêt à élaborer des offres de services globales, capables d’adresser une large palette de besoins. Si l’on propose des mécaniques de financement pour l’achat d’un véhicule, pourquoi ne pas également sécuriser le versement des mensualités pour le compte du vendeur ou proposer à l’acheteur d’assurer son bien ? Constituer une offre de services étendus permet à la fois de multiplier les opportunités de contact et de maximiser les investissements consentis.

La banque n’a pas toujours vocation à développer en propre tous ces services. Au contraire, son intérêt réside dans la création de liens avec des acteurs capables de répondre à ces problématiques bien spécifiques. Qu’ils soient implantés sur le terrain ou issus de l’univers FinTech, ils amènent leur réseau, leur savoir-faire et leur potentiel de clientèle, permettant aux banques de se positionner sur des sujets où l’offre est inexistante bien que la demande soit forte : c’est le cas par exemple du financement des PME, considéré comme l’un des principaux freins au développement économique de l’Afrique subsaharienne. Pour y parvenir, la banque doit apprendre à ouvrir son système d’information. C’est ce qui lui permettra de construire ou intégrer les services financiers nativement digitaux dans une approche customer centric.

POSER LES BASES D'UN SYSTÉME OUVERT

Le paysage évolue très vite, quel que soit le pays concerné. Pour accompagner durablement le développement économique et participer à l’inclusion financière, il est également important de poser les bases d’un environnement évolutif. Sur un terrain aussi mouvant que le continent africain, la banque a besoin de pouvoir faire face techniquement à une évolution soudaine du contexte. Elle doit aussi pouvoir intégrer rapidement une FinTech prometteuse dont l’usage explose, ou savoir comment discuter avec des partenaires différents selon les régions et les marchés. On observe en effet de grandes disparités selon les pays, à la fois en termes de taux de pénétration et d’usages. L’agilité n’est donc pas une option !

Ainsi, le système d’information doit se positionner au cœur de la création de nouveaux services à valeur ajoutée pour le client final. Il n’est plus une simple addition de modules métiers fermés. Il devient un système agile et réactif, capable d’évoluer dans un environnement incertain, et dans lequel les briques technologiques, digitales et sécuritaires communiquent pour offrir des services innovants aux clients.

Voilà tout l’enjeu de l’approche open banking. Sur le plan technique, c’est elle qui va lui conférer la souplesse nécessaire pour mettre au point rapidement des offres de services digitales innovantes ou tisser son réseau d’intermédiaires et de partenaires. La transformation se joue sur le volet technique, avec la mise au point d’architectures ouvertes capables de communiquer avec des tiers par le biais d’API, mais aussi au niveau du marketing de l’offre et l’élaboration des produits financiers, bancaires ou non-bancaires. La clé de l’inclusion bancaire réside dans la mise au point de services à la fois accessibles et adaptés à la cible.

David Lejolivet - Product Strategy Director at Sopra Banking Software

Lire aussi l'article " L’Afrique a besoin de services financiers « digital native » " par David Lejolivet - Product Strategy Director at Sopra Banking Software

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